Proposer  une relecture de l’histoire de la photographie artistique : tel est le propos, volontairement anticonformiste et parfaitement partial, de  Jan Dibbets dans cet ouvrage.

« J’ai voulu présenter un arbre avec ses racines. Comment celles-ci se sont développées »,  explique-t-il en introduction, dans un passionnant entretien avec l’historien de l’art Erik Verhagen.
 
« Ce sont les scientifiques qui ont produit des choses grandioses. La photographie scientifique a favorisé une utilisation du médium bien plus libre et désenclavée. Tout le drame de la photographie est finalement d’avoir été inventée à la mauvaise période. Les photographes de l’époque cherchaient surtout à imiter des artistes comme Ingres et autres « réalistes », ainsi que l’a parfaitement décrit Baudelaire. Ce jeu d’imitation a brouillé les pistes et empêché le processus d’émancipation d’être mené à bien », explique Jan Dibbets qui trace une ligne sur laquelle il pose tous les noms des artistes qu’il considère comme tel — ou du moins toutes les photographies qu’il considère comme des œuvres, depuis le début de l’invention photographique jusqu’à aujourd’hui.

Près de 300 œuvres sont ainsi présentées.  Les photographies de Nicéphore Niépce, Gustave Le Gray, Étienne-Jules Marey et Edward Muybridge côtoient celles de photographes moins connus mais non moins déterminants aux yeux de Jan Dibbets, tels Wilson Alwyn Bentley ou Étienne Léopold Trouvelot. Leurs successeurs directs sont Karl Blossfeldt, Man Ray, Alexandre Rodtchenko, Alfred Stieglitz, Paul Strand… jusqu'à Bruce Nauman.

Enrichi de citations de Baudelaire, Le Gray, Coburn, l’ouvrage de l’artiste Jan Dibbets offre ainsi une réflexion passionnante sur l’histoire d’un medium qui aujourd’hui plus encore qu’hier cherche sa place dans le monde de l’art.