1906
Huile sur toile
Avec, Trois personnages assis dans l’herbe, Derain affiche cette violence vitaliste de la couleur, canalisée selon une synthèse nouvelle : ici, les figures vues comme sous l’effet d’un zoom sont situées sur un plan indécis où s’opposent deux couleurs intenses – le vert et le bleu en aplats -, sur lesquelles jouent les corps jaunes aux ombres crûment marquées de vermillon. L’allongement exagéré des membres, leurs « simplifications barbares » (Louis Vauxcelles) provoquées par l’effet d’aveuglement qui gomme tous les détails des visages participent de l’efficacité expressive de ces « formes issues de la pleine lumière », attestant l’ensauvagement de sa peinture au contact de la plastique océanienne. Dès la fin 1906, il interprète les thèmes de prédilections de Cézanne, dont il sera, selon Daniel-Henry Kahnweiler (1920), l’un des plus précoces exégètes et qui en « transmet aux autres la leçon plastique et théorique (…). Derain entreprit d’une manière sérieuse de rendre l’espace sur la surface plane et de transposer les rapports de profondeur en rapports de surface (…) il soumet même la lumière entièrement à la forme. Il dépasse Cézanne dans la mesure où il reprit cette pratique picturale, oubliée en Europe occidentale depuis Fra Angelico », notamment grâce à l’expressivité des contours : paysages du Midi, natures mortes, et surtout baigneuses, « aux marbrures cézaniennes » (Louis Vauxcelles).